Une belle promesse sur le papier
Dès leur lancement – en 2018 pour les maths et 2020 pour le français – les plans Villani-Torossian et ministériel promettaient monts et merveilles. L’idée ? Former tous les enseignants du premier degré en six ans, à raison d’un sixième chaque année, en petits groupes de 6 à 9 collègues, accompagnés par un “pair-expert” de proximité. L’objectif était double : renforcer les connaissances disciplinaires et améliorer concrètement les pratiques de classe. Le tout dans une logique de co-construction, de travail collaboratif et d’analyse de pratiques.
En théorie, l’approche semblait plutôt séduisante. On y parlait d’observation croisée, d’accompagnement personnalisé, de développement professionnel, de constellations qui brilleraient au firmament de la formation continue…
Mais dans les faits, un rejet massif
Sur le terrain, c’est une autre musique. Selon un sondage mené auprès de 5000 enseignants par notre communauté 👉 professeurs-des-ecoles.com, 4,6% des collègues se disent satisfaits de ces plans contre 95,4% qui se disent insatisfaits. Un chiffre qui en dit long.
Beaucoup dénoncent une formation rigide, imposée, où les formateurs sollicitent les équipes pour faire émerger des idées, puis s’emparent aussitôt de celle qui correspond au thème qu’ils avaient prévu de traiter. Preuve en est, parfois, le slide suivant du PowerPoint – déjà prêt – s’enchaîne parfaitement avec la “problématique” soi-disant issue des équipes, comme si tout avait été prévu à l’avance. Sous couvert d’une adaptation aux besoins des écoles, on retrouve parfois les mêmes thématiques d’un bout à l’autre d’une circonscription ou d’un département.
Les formateurs, censés jouer un rôle d’expert, s’effacent souvent au point de laisser les collègues seuls face à des échanges qui tournent en rond, sans réels apports. On est loin des anciennes formations de plusieurs semaines, choisies par les enseignants, avec du contenu théorique.
Des contraintes de plus en plus lourdes
Ce nouveau format de formation s’accompagne d’une série de contraintes qui pèsent sur les équipes. Les remplacements pour les temps sur classe sont mal gérés, les visites croisées mal organisées, et les directeurs – déjà surchargés – doivent en plus gérer toute la logistique. Certains enseignants font plusieurs fois le plan, d’autres jamais, selon les mouvements dans les écoles.
Le sentiment d’être “observé” plus qu’“accompagné” revient souvent, avec la présence du formateur ou de collègues dans les classes vécue comme une évaluation déguisée. Le vocabulaire imposé (constellations, pair-expert, etc.) donne l’impression d’un vernis technocratique mal collé à la réalité du terrain.
Une déconnexion avec les besoins réels
Ce qui frappe, c’est le manque de lien avec les vraies préoccupations des enseignants. Les outils et contenus parfois peu adaptés aux contextes des classes. Beaucoup regrettent le manque d’apports concrets et d’espaces de formation choisis, utiles, construits dans la durée. Le calendrier est souvent trop serré, les emplois du temps chamboulés, la charge de travail alourdie.
Formateurs comme formés se retrouvent parfois désabusés, peinant à donner du sens à ce dispositif présenté comme une avancée mais vécu comme une obligation de plus.
Et maintenant, on fait quoi ?
En haut lieu, il se dit que les enseignants se plaignaient autrefois de formations trop descendantes… et qu’ils reprochent désormais qu’elles ne le soient plus assez. Il est aussi reconnu, de façon lucide, que l’Éducation nationale est tragiquement et paradoxalement loin d’être la meilleure en matière de formation continue. Selon cette même source, il serait urgent de repenser le système dans son ensemble, en revoyant notamment la formation, la sélection et la reconnaissance des formateurs.
Face à ce rejet massif, il est temps de repenser les modalités de formation continue. Plutôt que des dispositifs uniformes imposés, pourquoi ne pas redonner aux enseignants la possibilité de choisir les thématiques, le format et le rythme de leur formation professionnel ?
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Bonjour.
Et que dire de cette sainte ignorance dont font preuve certains conseillers pédagogiques, en matière d’orientation des politiques éducatives, en général, et d’esprit de la formation en constellation, en particulier ?
Comment, en effet, ne pas tomber de sa chaise quand on se rend compte que nombre d’entre eux n’ont même pas été capables de faire l’effort de lire le vade-mecum élaboré pour les aider dans leur démarche ? Et quand on apprend que beaucoup (doux euphémisme pour ne pas dire la majorité écrasante) ne sont même pas au courant de l’existence de ce vade-mecum, il devient salutaire d’abréger la liste des griefs.
En tout état de cause, la lecture de ce document conjuguée à celle du rapport Villani-Torossian aurait permis d’éviter de débiter des inepties (entendues par votre serviteur) consistant à vilipender des pratiques pédagogiques autres que constructivistes. Et pour cause : ces documents témoignent, sans ambages, d’une volonté institutionnelle de supplanter le pédo-centrisme (l’élève au centre…) par l’épistémo-centrisme (le savoir au centre…), orientation incarnée par la pédagogie explicite, nouveau courant ayant le vent en poupe.
En d’autres termes, l’activisme pédagogique, issu du mouvement de l’Éducation nouvelle, est tombé en désuétude, malgré le combat d’arrière-garde mené en désespoir de cause par le prélat Meirieu et un cénacle d’épigones hors sol.
N’étant pas au courant de la bérézina (tous les derniers rapports PISA le désignent comme un grand responsable de l’insuccès scolaire), nos conseillers pédagogiques, demi-dieux d’un univers doxique dépassé et biberonnés jusqu’à l’œsophage par le socio-constructivisme iufmesque, se gargarisent anachroniquement, comme des cabotins psittacistes, des éléments de langage d’une pédagogie délétère. C’est affligeant…
Par averoes
https://antipedagog.wordpress.com/2021/08/23/linconsequence-du-pedagogiste/
En quoi une formation dispensée par un chercheur serait-elle nécessairement incompatible avec des préoccupations professionnelles concrètes ? Ceci est une préjugé qui ne repose sur rien, dans la mesure où la discipline universitaire peut légitimement prétendre à la praticité de ses enseignements.
Erratum :
En quoi une formation dispensée par un chercheur serait-elle nécessairement incompatible avec des préoccupations professionnelles concrètes ? Ceci est un préjugé qui ne repose sur rien, dans la mesure où la discipline universitaire peut légitimement prétendre à la praticité de ses enseignements.
Si l’on se met à revendiquer la co-construction en matière de formation, il ne faudra pas s’étonner du grief consistant à dire que les enseignants se contredisent et ne savent pas ce qu’ils veulent. Car, justement, le principe de la constellation offre la possibilité d’une co-construction. Alors, pourquoi le critiquer dans ce cas-là. Ceci est une aporie insoutenable.
Pour être pris au sérieux, il faudrait déployer une enquête rigoureuse basée sur des statistiques tangibles pour pouvoir affirmer que la formation en constellation simule la co-construction. De ma propre expérience, ce n’est absolument pas le cas.
Si avec les sondages on pense édifier la démocratie, alors il suffit de dire les choses pour qu’elles soient vraies.
Il faudrait interroger tous les enseignants de France pour prétendre détenir une information indubitable, pas 5000.
5000 enseignants sur 326.474 représentent 1.53 %.
Avec une telle donnée, on veut fonder un jugement sur toute la France ?