La première évaluation du port de la tenue commune dans les établissements expérimentateurs apporte un bilan contrasté. Publiée par la Depp avec FORS-Recherche Sociale, elle met en avant des effets limités sur les comportements, les apprentissages et le climat scolaire, malgré un sentiment d’appartenance en hausse dans plusieurs écoles et collèges.
Un sentiment d’appartenance en progression, mais un climat scolaire peu transformé
Dans le premier degré, les trois quarts des directeurs d’école déclarent une évolution positive du sentiment d’appartenance depuis la mise en place de l’uniforme. Un peu plus d’un tiers, soit 36 %, signalent aussi une amélioration du climat scolaire.
Dans le second degré, sur 22 établissements expérimentateurs, 16 chefs d’établissement ont répondu. Parmi eux :
- 13 évoquent une évolution positive du sentiment d’appartenance ;
- 11 constatent une amélioration du climat scolaire.
Les effets sur la scolarité restent toutefois modestes. Sept chefs d’établissement jugent positive l’évolution de l’ambiance de travail, mais ils ne sont plus que cinq à percevoir une amélioration des acquis scolaires.
Des élèves majoritairement peu convaincus
Le respect de la règle ne signifie pas nécessairement l’adhésion. L’étude montre que la tenue commune reste globalement peu appréciée par les élèves, avec un rejet qui augmente avec l’âge.
À l’école primaire :
- 57 % des élèves déclarent ne pas aimer porter l’uniforme ;
- cette proportion passe de 33 % en CP à 69 % en CM2.
Au collège :
- 63 % des élèves disent ne pas se sentir bien dans leur tenue ;
- 62 % estiment qu’elle n’est pas adaptée à leur vie de collégien.
Ces perceptions sont décrites comme globalement similaires d’un établissement à l’autre.
Des effets jugés faibles sur les apprentissages et la vie scolaire
Le rapport souligne des effets globalement limités sur les comportements, les apprentissages et la vie scolaire. Quelques bénéfices sont relevés, notamment une baisse des moqueries vestimentaires et un sentiment d’appartenance légèrement renforcé.
Mais les impacts sur :
- la réussite scolaire ;
- la motivation ;
- la sécurité ;
restent faibles, voire symboliques.
Le rapport rappelle que la faiblesse des effets sur les apprentissages n’est pas surprenante au regard de la littérature scientifique, et que l’effet sur la cohésion semble davantage projeté que réellement vécu par les élèves.
Une mesure pensée et portée par les adultes
L’étude met en évidence un décalage entre les attentes des adultes et le vécu des élèves. Les premiers associent la tenue commune à une amélioration du climat scolaire et de la cohésion. Les seconds expriment une perception plus nuancée, entre moindre pression vestimentaire et sentiment de contrainte.
La mise en œuvre est apparue fortement impulsée par les directions et les élus. Le rapport précise que, pour 15 chefs d’établissement sur 16, la cohésion entre élèves figurait parmi les motivations principales pour participer à l’expérimentation.
Il s’agit d’un dispositif porté par les directions, mais faiblement débattu collectivement.
Parents consultés, élèves peu associés
Dans la majorité des établissements enquêtés, des consultations ont précédé le vote en conseil d’école ou en conseil d’administration. Elles ont pris le plus souvent la forme de sondages auprès des parents, parfois complétés par des enquêtes auprès des enseignants et des personnels éducatifs.
Selon le rapport, ces démarches ont surtout servi à vérifier l’absence de rejet massif et à sécuriser la décision, plus qu’à nourrir un débat de fond sur les finalités de l’expérimentation.
Les élèves ont été peu consultés et rarement associés aux décisions, sauf sur des éléments secondaires comme le logo ou les couleurs de la tenue.
Des établissements volontaires souvent situés en éducation prioritaire
Les écoles volontaires engagées dans l’expérimentation sont plus souvent situées :
- en éducation prioritaire ;
- en milieu urbain ;
- avec des effectifs plus importants ;
- avec davantage d’élèves en difficulté scolaire.
L’étude indique aussi qu’au moment du lancement, 71 % des directeurs d’école y étaient favorables et 59 % pensaient que les familles l’étaient également. Les avis étaient plus partagés du côté des enseignants, et plus contrastés encore chez les élèves et dans le périscolaire.
Une poursuite de l’expérimentation malgré des effets limités
Malgré l’absence d’effets nets sur les résultats scolaires, le ministère souhaite poursuivre l’expérimentation à la rentrée dans 97 écoles, 14 collèges et 4 lycées, contre environ 90 établissements l’année précédente.
À l’Assemblée nationale, Édouard Geffray a indiqué qu’il n’y avait pas forcément d’effets sur les résultats scolaires, tout en jugeant qu’en un an, cela n’était guère étonnant.
Le bilan provisoire laisse donc apparaître une mesure davantage portée par sa dimension symbolique que par des effets pédagogiques clairement établis.


Pour créer des troupes de futurs citoyens qui ne se posent pas de questions, n’essaient pas de faire évoluer leur propre personnalité, pour une manipulation plus aisée des populations, c’est une bonne mesure. En dehors de ça, je ne vois pas trop ce que ça peut apporter de très intéressants…
Je comprends votre inquiétude : comme l’article le rappelle , l’uniforme n’est pas une solution miracle et soulève effectivement des questions sur le conformisme.
Uniformiser les élèves 🤔 Cela ne résoudra pas les problèmes de société qui seront là dès la sortie de l’établissement
Je suis d’accord : la Depp note des effets limités (sentiment d’appartenance en hausse, mais peu d’impact sur apprentissages et climat) ; l’uniforme n’efface pas les problèmes sociaux