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Redoublement: Les enseignants auront-ils vraiment le dernier mot?

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Depuis 2012, le redoublement s’est progressivement évanoui des pratiques éducatives, rendant cette option presque inaccessible à l’école primaire. Même en cas d’accord entre l’école et les familles, la requête de redoublement se heurtait souvent à l’opposition des inspecteurs de l’Éducation Nationale, suivant des directives nationales strictes. Le Code de l’Éducation Nationale qualifie actuellement le redoublement d’acte « exceptionnel ».

Notice : l’article L. 311-7 du Code de l’éducation prévoit que le redoublement ne peut être décidé qu’à titre exceptionnel.

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Durant la période 2012 – 2023, le taux d’élèves ayant redoublé a fondu, laissant peu de place à cette mesure.

Cependant, l’annonce du ministre Gabriel Attal, ce mardi 5 décembre, vient bouleverser le paysage éducatif. Il a déclaré que les enseignants retrouveraient le contrôle des redoublements et auraient le dernier mot, notamment vis-à-vis des familles. Il a annoncé la publication d’un décret, début de 2024, qui modifiera le code de l’Education et les règles établies.

Retour de l’Autorité Enseignante

Le ministre a souligné à plusieurs reprises, lors de ses différentes prises de parole, que dès 2024, les enseignants auront deux options pour les élèves en difficulté. S’ils estiment qu’un élève en difficulté est apte à passer au niveau supérieur, ils pourront « prescrire » aux familles des accompagnements pédagogiques obligatoires, tels que par exemple des stages de réussite pendant les petites vacances, une reprise des cours deux semaines plus tôt en août ou une participation aux activités pédagogiques complémentaires (APC).

En cas de lacunes jugées trop importantes, les enseignants auront la possibilité d’imposer un redoublement, même sans l’accord des familles.

Le ministre soutient qu’il est plus avantageux de réussir son école élémentaire en six ans plutôt que de brusquer les choses en cinq ans, pour finir en échec au collège. Il appelle à une collaboration plus étroite avec les parents tout en réaffirmant que c’est à l’enseignant de prendre les décisions fondamentales, car il est celui qui connaît le mieux son élève.

Le rôle des inspecteurs et des recteurs

Le rôle des recteurs et des inspecteurs de l’Éducation Nationale est crucial dans le processus de décision concernant les redoublements. Actuellement, le Code de l’Éducation prévoit que le conseil des maîtres peut décider d’un redoublement après avoir recueilli l’avis de l’inspecteur de l’Éducation Nationale. Ce moment a été déterminant au cours de ces dernières années. En effet, les inspecteurs de l’Éducation Nationale ont souvent émis des avis négatifs, alignés sur les directives ministérielles, et les conseils des maîtres se sont presque systématiquement pliés à ces avis, alors même qu’ils ne sont que consultatifs.

À titre exceptionnel, dans le cas où le dispositif d’accompagnement pédagogique mentionné au premier alinéa n’a pas permis de pallier les difficultés importantes d’apprentissage rencontrées par l’élève, un redoublement peut être proposé par le conseil des maîtres. Cette proposition fait l’objet d’un dialogue préalable avec les représentants légaux de l’élève et d’un avis de l’inspecteur de l’éducation nationale chargé de la circonscription du premier degré. Elle prévoit au bénéfice de l’élève concerné un dispositif d’accompagnement pédagogique spécifique qui peut prendre la forme d’un programme personnalisé de réussite éducative prévu par l’article D. 311-12.

Code de l’Education le 08.12.23

Le décret en préparation modifiera-t-il le rôle des inspecteurs, ou est-ce que cet avis, qui dans la pratique est déterminant, va perdurer ? Si cet avis reste en vigueur, cela représentera un défi de crédibilité pour certains inspecteurs qui, jusqu’à présent, recommandaient presque systématiquement une promotion à la classe supérieure. Dorénavant, ils pourraient être contraints d’assouplir leurs positions suite à la ministérielle.

Exemple: Les IEN faisaient souvent valoir le fait qu’il n’était pas pertinent de redoubler en CP ou CE1 car les élèves avaient tout le cycle 2 (jusqu’en CE2) pour apprendre à lire. Le ministre indique maintenant qu’il est important de faire redoubler un élève dès la fin du CP s’il n’a pas les prérequis en lecture.

Un changement perceptible s’amorce déjà dans les discours des recteurs qui jusqu’à maintenant indiquaient qu’il n’était pas bénéfique de redoubler, s’appuyant sur des études scientifiques pour soutenir ce discours. Aujourd’hui, ils s’expriment dans les médias pour évoquer les avantages potentiels du redoublement. Ces changements de discours illustrent une évolution notable de la perspective officielle sur cette question.

Quelques exemples:

Controverses et Critiques

Cette annonce n’a pas manqué de susciter de vives interrogations. En effet, depuis douze ans, le discours anti-redoublement s’est appuyé sur des études scientifiques démontrant que, dans la plupart des cas, le redoublement n’était pas bénéfique. Les syndicats et les journalistes ont relayé ces études pour souligner le fait que le ministre, qui prône la prise de décisions basées sur la science, ne le fait pas dans le cadre du redoublement.

Le ministre, en réponse à ces réticences, avance qu’au cours de la décennie sans redoublement, le niveau général a chuté. Cela suggère, selon lui, que l’absence de redoublement ne représente pas une solution adéquate. Il a même laissé entendre lors d’une interview que cette décision initiale d’abandonner les redoublements avait peut-être été motivée par des considérations budgétaires.

L’avis des familles et des enseignants

Suite aux annonces de Gabriel Attal, les sondages montrent qu’une majorité des français pensent que les décisions qui viennent d’être prises vont dans le bon sens et permettront d’élever le niveau des élèves.

Méthode de Singapour — 88%
Enseignants décisionnaires du redoublement — 86%
Brevet pour accéder au Lycée — 82%
Groupes de niveaux en maths et français — 76%

Sondage Odoxa pour Le Figaro

Concernant les enseignants, les sondages informels mais regroupant un nombre important de personnels montrent qu’ils sont plutôt très favorables au redoublement et qu’il leur parait plus logique de maintenir un élève n’ayant pas les bases pour aller en classe supérieure plutôt que de le faire passer tout en devant différencier davantage.

Vers un Nouvel Équilibre Éducatif ?

Cette décision ministérielle, bien que controversée, promet de redéfinir l’équilibre éducatif. Elle souligne l’importance de l’expertise enseignante dans le processus de prise de décision concernant la progression des élèves. Reste à voir comment cette nouvelle politique sera mise en œuvre et quels en seront les effets concrets sur le système éducatif français.


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