La méthode de la préoccupation partagée est présentée comme une approche de résolution du harcèlement scolaire fondée sur le dialogue et la responsabilisation des élèves impliqués. Utilisée dans plusieurs départements en France dans le cadre de la lutte contre le harcèlement, elle s’inscrit aussi dans le programme pHARe. Mais son efficacité dépend de plusieurs conditions, et ses limites sont régulièrement rappelées.

Une méthode née dans les années 1970

Cette méthode a été initiée par le professeur de psychologie suédois Anatol Pikas dans les années 1970. Elle repose sur l’idée que le harcèlement scolaire est un phénomène de groupe, qui entraîne chacun de ses membres dans une dynamique d’intimidation de la victime.

Conçue à l’origine pour des élèves du secondaire, elle n’était pas, selon son auteur, adaptée aux élèves du primaire.

Comment fonctionne la préoccupation partagée ?

La méthode consiste à mener des entretiens individuels, courts et répétés avec les élèves harceleurs, sans les blâmer. L’objectif est de les amener à prendre conscience de la souffrance de l’élève ciblé et à proposer eux-mêmes des solutions pour faire cesser les brimades.

Les principes mis en avant sont les suivants :

  • ne pas reprocher directement les faits aux élèves convoqués ;
  • les amener à réfléchir à la situation de la victime ;
  • rechercher avec eux des pistes d’amélioration ;
  • renouveler les entretiens jusqu’à disparition du problème.

En parallèle, des entretiens plus longs sont menés avec la victime, notamment pour l’accompagner et préparer un éventuel dialogue avec les intimidateurs.

Une méthode qui suppose une équipe formée

La mise en œuvre de cette approche repose sur une équipe de professionnels formés au traitement du harcèlement scolaire. Les entretiens avec les élèves, comme le suivi de la victime, demandent du temps et une coordination entre adultes.

La méthode est souvent opposée aux approches reposant sur la sanction, jugées plus rapides. Jean-Pierre Bellon, qui a développé cette méthode en France, estime que la sanction peut fédérer le groupe contre la victime.

Des résultats jugés encourageants, mais à relativiser

La méthode de préoccupation partagée est moins utilisée que d’autres approches à l’échelle mondiale, notamment parce qu’elle demande des modalités plus lourdes de mise en œuvre.

En France, le Centre Académique d’Aide aux Ecoles et aux Etablissements (CAAEE) de Versailles l’a estimée efficace dans 80 % des situations de « brimades » en 2023. Mais cette donnée est à prendre avec prudence, car elle repose sur la perception du personnel éducatif, et non sur celle des élèves concernés.

Une première étude pilote publiée en 2025, fondée cette fois sur la perception des cibles de harcèlement, indique que 61 % des élèves concernés estiment que les intimidateurs montrent un degré important de préoccupation envers la cible.

Les limites soulignées par les chercheurs

Plusieurs limites sont relevées dans les sources disponibles :

  • la méthode demande du temps pour les entretiens et le suivi ;
  • elle doit parfois être intégrée dans une stratégie globale de prévention ;
  • elle nécessite des adultes formés et expérimentés ;
  • elle ne fonctionne pas si les élèves auteurs refusent d’entrer dans la démarche ou minimisent les faits.

Ken Rigby a estimé qu’elle pouvait être efficace dans certains contextes, en particulier lorsque plusieurs élèves sont impliqués et que les intervenants sont correctement formés. Il souligne aussi qu’aucune méthode unique ne fonctionne dans tous les cas de harcèlement scolaire.

Julia El Kallassi rappelle de son côté qu’aucune approche ne semble particulièrement efficace dans tous les cas et qu’il est nécessaire que les professionnels de l’éducation sachent choisir la réponse la plus adaptée à la situation.

Une démarche à inscrire dans un temps limité

Selon Julia El Kallassi, cette méthode ne devrait pas dépasser deux semaines. Si les brimades persistent, le chef d’établissement peut alors prendre le relais et envisager des sanctions.

À retenir

  • La méthode de la préoccupation partagée repose sur des entretiens individuels répétés avec les élèves impliqués.
  • Elle vise à faire émerger des solutions par la responsabilisation, sans accusation directe.
  • Elle est utilisée dans le cadre du programme pHARe.
  • Son efficacité dépend fortement de la formation des adultes, du temps disponible et du contexte.
  • Les travaux disponibles soulignent qu’elle n’est pas adaptée à toutes les situations.

Pour aller plus loin

👉 Méthode de la préoccupation partagée

4 réflexions sur “Harcèlement scolaire : la méthode de préoccupation partagée interroge ses limites

  • Pour avoir suivi une formation sur deux après-midis (en formation continue), où on nous a présenté la méthode, nous avons pu expérimenter la méthode entre adulte. C’est effectivement une méthode intéressante mais pour la mettre en pratique, je vous rejoins une formation XXL est nécessaire, une équipe soudée et qui travaille ensemble est nécessaire. Lors de cette formation, j’ai joué le rôle de l’enseignant qui reçoit la parole de la victime et met en route le programme, c’était intense bien qu’entre adultes.

    • Merci pour votre témoignage, je suis d’accord : la méthode est prometteuse mais exige formation, coordination d’équipe et temps; votre jeu de rôle montre bien son intensité.

  • Et malheureusement les formations XXL ne sont pas proposées. Présentation de la méthode en à peine 30 mn, on nous a donné son nom puis nous avons visionné une courte vidéo. Je n’appelle pas cela de la formation continue. Comment le mettre en œuvre en pareil cas ? En se formant seul.

    • Je suis d’accord, la méthode exige des adultes formés et du temps ; si la formation fournie est insuffisante, renseignez‑vous sur le protocole pHARe et formez‑vous en autonomie avec vos collègues

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